Merci 

Parce que ce n est pas vraiment du solitaire:

MERCI à Mathieu, Eliot, d’avoir supporté une année aussi intense que difficile mais de m’avoir permis de croire en mon projet !

MERCI à Ines, la marraine du bateau, qui m’a porté chance.

MERCI à Céline et Marion, La team Mini-D oudou pour leur aide et support infaillible, sans qui je ne serais peut -être pas allée jusqu’au bout…

MERCI à mes parents et  beaux-parents, Alice, Suzanne et Manu pour leur présence. 

MERCI à GIPTIS, à Michel, et  Laetitia, à Valérie et au Pr Nicolas Levy, qui ont à cœur de prendre en charge les maladies génétiques rares . Merci à DISPATCH BTP, Agence Bonne impression de Coco Lamon et Atelier d’archi Legrand, mes sponsors pour leur soutien.

MERCI à tous les crowfunders , à Vuarnet , Faguo,  Direct sailing, et Marine pool, Karver, Union et Materiaux et, mes partenaires Techniques.

 Merci à l’association du Flocon à la vague.

MERCI à l’école Rocroy St Vincent de Paul à Paris et l’école de St Pierre en Martinique de m’avoir suivi, accueillies si chaleureusement.

MERCI au CEM, au Yatch club de la Grande -Motte, au Pôle France Voile de Marseille, à Benoît Arribat.

MERCI à ma famille et mes amis pour m’avoir suivi et soutenu.

Un p’tit clin d’oeil   plus particulièrement à Hortense, Fabienne, Romain, Carine et Alex..

MERCI à Jean-Paul et Eliza pour les photos, Merci à Vincent pour le montage.

MERCI à la Classe Mini 6.50, d’arriver à faire perdurer cette course qui permet à tous de vivre une aventure aussi extraordinaire.

MERCI à la FFV de continuer à croire en cette course !

MERCI à l’organisation de la Mini Transat La Boulangère 2017

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2ème étape Mini transat : Les Canaries (Las Palmas) – Martinique (Le Marin) 46ème – Les montagnes russes

Le départ est donné sous le signe du nouveau parcours avec un passage au Cap Vert pour éviter un Atlantique nord assez actif dans une période post cyclonique intense. Toutes les stratégies sont à revoir, un dernier appel de notre routeur…. nous conseille de passer très près de la Mauritanie…

Le départ : Une semaine pour préparer un bateau déjà prêt ! J’en ai profité, pour peaufiner, avec ma sœur venue pour l’occasion. Ca y est le grand saut approche, on a envie d’en découdre. Dimanche 1er novembre, 11h00, mon tour vient, embrassades sur les pontons, promesses de se retrouver de l’autre côté, l’émotion est toujours là, mais  tout de même plus gérable qu’à la Rochelle !

Avec 10- 15 nœuds, genak , spi, j’hésite…. Départ en 2ème voir 3ème rideau, j’envoie vite le genak, stratégie payante, j’en dépasse pas mal, et je me retrouve au vent de la flotte, plutôt pas mal!

Ne lâchons rien :

Plus tard, le vent monte un peu, et ceux sous grand spi me passent, j’envoie aussi le mien, mais le bateau est lourd, je trouve qu’il se traîne… dur dur.

Le moral est dans les chaussettes, après 24h, je suis très vite 52/55, je ne suis pas là pour la perf… mais tout de même, il me reste 2500 milles à parcourir….et là, je me ressaisis pour rester dans l’esprit de la course :j’ai envie de mieux faire !!

J’apprends que Dorel a dématé, et je vois Julien, le 219, sur l’AIS , avance à 1,5 nds, je pense bien qu’il a eu un souci, mais mes appels à la VHF restent sans réponse. Je commence à penser à me dérouter vers lui ou appeler un bateau accompagnateur, puis finalement, il répond : il a affronté de de nombreuses galères … il va bien, mais pas mal de casse. Je relativise… Je me reconcentre sur mon objectif : je veux arriver au bout entière…. C’est ma priorité !!

Le vent forcer a 20 -25 nœuds, tout le monde garde le grand spi, au skipper qui cèdera le premier… pour ma part, je tiens comme jamais, j’envoie et je suis bien contente, avec la crainte tout de meme de voir le bateau partir au lof (bateau couché) fréquemment.  début de nuit, je décide de réduire un peu la toile, le bateau tient mieux que d’habitude dans le vent fort, chargé avec les 120l d’eau, la nourriture, le matériel pour 20j.

Le Maroc / La Mauritanie :

Parmi les derniers, le moral entamé, il faut le dire, mes choix d‘empannages n’ont pas été les meilleurs pour cibler le waypoint du Cap Blanc à 15 milles des côtes. Je décide finalement de ne pas m’approcher si près en apprenant à la VHF que plusieurs concurrents ont heurté des objets, des pêcheurs non signalisés, et surtout Stan, le 742 a croisé des pirates….  Mais à proximité de Melchior, le755, Marseillais aussi, nous élaborons une stratégie de défense certainement inutiles en cas de mauvaises rencontres… Bref, je poursuis et le vent refuse en faveur d’un empannage vers le large!! Je laisse ces frayeurs de côté et la course continue…

Option sud jusqu’au Cap Vert :

Avec Melchior et Vianney, le 579, nous décidons de partir au sud, faire une sorte de « cuillère » pour essayer de toucher les alizés avec un meilleur angle… cela marche, 1j avant le Cap Vert nous rattrapons le groupe devant nous. Je tiens bien la distance avec Melchior, je maintiens  l ecart en barrant à fond. Puis, le vent monte à 25 nœuds, et je préfère prendre un ris dans mon medium (réduire la taille de la voile intermediaire)… prudente je suis un peu trop, mais des surfs à 16 nœuds, je fais quand même… ils s’éloignent, je passe un peu de temps seule, je suis bien sur le bateau.

Quelques soucis techniques de batteries / panneaux solaires :

Une nuit les yeux embrumés, je vois que la charge de mes batteries a sérieusement chuté , mais tous les instruments fonctionnent…. Aïe un problème de batterie, je recharge, ça tient. Mais, les 3 panneaux solaires ne chargent plus, petit moment d’inquiétude durant lequel j’envisage un arrêt au Cap Vert pour réparer. Je teste, re-teste… un fusible de mon répartiteur a sauté. Le problème des panneaux résolus, je suis plus confiante pour me lancer dans la Traversée. Mes batteries se déchargent plus facilement, certes, mais la pile et les panneaux fonctionnent !

 

Mon rythme

Il me convient et est assez routinier :

Le matin : hygiène, radio, petit déj, point météo à la BLU à 11hTU, outil archaïque que seul un ministe utilise encore de nos jours !!

Le Midi : mes déjeuners composés de produits frais la 1ère semaine laissent place petit à petit à des sachets de légumes avec une boîte de thon ou de sardines…

L’après-midi : tant qu’il ne fait pas encore trop chaud, je sieste, je barre, je régle, J’écoute de la musique, des podcasts, je fais mes exercices…

La nuit : je reste souvent éveillée la 1ère partie de la nuit et plonge ensuite dans de courts sommeils de 45 minutes.

Passage du Cap vert : le grand saut

J’aborde le canal entre Santo Antao et Sao Vicente, en tête du petit groupe que j’ai rejoint. On s’attend à ce que cela monte franchement rapidement, une des 2 îles  culmine à 2000m d’altitude.  Vedran, le 704 Pierre, le 583 et Arnaud, 739 doivent s’arrêter à Mindelo. Il rester David et Thomas qui continueront directement. Je me prépare, toujours un peu anxieuse quand je sais qu’un fort coup de vent arrive avec une impression de rentrer dans la gueule du loup, sans savoir à quelle sauce  je serai mangée. Thomas me dit : « t’inquiètes ça passera comme dans les 40 nœuds à Brescou » … je souris et je continue. La passe est superbe, petite pensée pour Mathieu qui avait dû s’arrêter à Mindelo en 2011 pour réparer,  je me prépare : 23 nœuds je prends un 2eme ris dans la grand-voile , à 26 nœuds, j’affale le code 5 et je passe en ciseaux, tranquille….. Ça monte à 30 nœuds, mais c’est assez franc et violent, ça soulève l’eau et de la brume apparaît au ras de l’eau, c’est assez surprenant…car la vitesse de vent n est pas dingue non plus. Ça passe nickel. Pour thomas, ce n’est pas la même…à la VHF «  Agnès, ça ne s’est pas passé comme à Brescou » il a cassé et est contraint de s’arrêter pour réparer… je poursuis un peu triste de perdre mon acolyte et ami méditerranéen !!!

Ça y est il n’y a plus rien entre Mini-Doudou / Institut Giptis et la grande Traversée tant attendue… aucun obstacle, seul l’océan et moi…

David Alonso, le 810,  le dernier du groupe me contacte et nous discutons de la stratégie à adopter pour entamer la traversée.

1ère partie de la traversée en DUO:

Nous décidons de continuer ensemble tant que nos vitesses  sont similaires, cela fait du bien d’être avec quelqu’un, de partager. Nous communiquons de temps en temps, souvent le matin et lorsque nous sentons qu’il faut empanner. La première partie sera sous le signe des orages, des nuits où grains s’enchaînent. J’essaie d’adopter la meilleure stratégie pour accélérer et ne pas partir au tas dans les surventes et ne pas tomber dans la molle à l’arrière du grain. Quelques nuits difficiles, puis les grains se calment.

On a affaire à une sorte d’onde tropicale ou gros grain, aucune visibilité, pluies violentes pendant plusieurs heures…. Là je craque, je faiblis avec la fatigue, les mains devenues hypersensibles, épaissies et une peau flétrie par l’eau. La er est croisée et formée, ça secoue tout le temps, ce fût un des moments les plus difficiles !! Je me demande bien ce que je fais là, et pourquoi je ne me suis pas lancée plutôt dans le « ping-pong »…DCIM103DRIFT

Après 2 tentatives de partir plus au sud, je me trompe et je refais route vers le nord. A mi-parcours, soit 1 000 milles de l’arrivée, un départ au tas un peu fort à l’arrivée d’un grain sous médium, le bateau se couche, l’eau rentre dans le cokpit, je me jette pour fermer la descente et éviter d’enfourner à l’intérieur et mouiller l’électronique. J’ai en tête un affalage, erreur… je choque l’amure, après une suite de mauvaises manip, de nœuds, je me retrouve au milieu de l’océan avec mon spi accroché seulement par la tête de mât : 76m² qui volent en drapeau … seule avec moi-même, je ne sais plus que faire, après quelques manœuvres, je n’arrive pas le récupérer, c’est très douloureux et culpabilisant pour une erreur si bête de devoir lâcher cette voile !!

Je repars avec une voile en moins utilisable… David me remonte le moral, mais prend ainsi de l’avance et nous perdons le contact VHF au petit matin..

2ème partie: chaleur tropicale et longueur

J‘attaque donc la 2ème partie seule, le rythme pris, je suis bien et la solitude ne me dérange pas, et je suis même contente de vivre cela. Je jongle entre les 2 spis qui me restent et je maintiens le plus longtemps possible le grand spi même dans les raffales, puisqu’il me manque ma voile intermédiaire. Et la nuit je réduis en envoyant mon petit spi le code 5, pour éviter de déchirer le grand.

L’approche des Antilles, il fait de plus en plus chaud, cela devient vite peu supportable à l’extérieur et une bouilloire à l’intérieur ! Il est difficile de dormir pendant la  journée, je profite de quelques temps de repos pour lire. J’enlève les algues, les sargasses qui se mettent dans la quille et les safrans… La fatigue se faisant de plus en plus présente, je mets plus de temps à me remettre des manœuvres qui me valent quelques suées… Je bois donc beaucoup plus et mon stock d’eau diminue à vue d’œil ! La chaleur me coupe l’appétit, je mange moins. Les quelques cigarettes que je fume la nuit pour me tenir éveillée, commencent à manquer.

Je décide de prendre une route plus au sud pensant qu’au nord le vent va mollir. Je compte les jours. A partir du 15ème jour, cela devient difficile, mon fils me manque. J’imagine l’arrivée en Martinique de mes parents, Mathieu et Eliot et je rêve du moment où je franchirai la ligne. Les 2 derniers jours deviennent interminables, je m’embête, j’ai écouté tous mes podcasts, les livres me divertissent moins, j’ai chaud. Seules les soirees et les nuits me sont agréables, je dors dehors, la tête dans les étoiles, en essayant de graver ces moments…. Ces nuits sont parfois écourtées par un pauvre poisson volant qui atterrit dans mon cockpit ou sur ma figure… J’ai plus de mal à me réveiller la nuit pour optimiser au mieux les réglages.

J’apprends que j’ai gagné 2 places, je suis donc passée devant David, mon option « route du sud » a donc fonctionné… je suis reboostée, l’esprit de la course joue toujours, et je n’ai que de cesse de faire avancer le bateau. Je capte à nouveau David à la VHF, contente d’entendre sa voix, mais cela ne dure pas longtemps. Les 2 derniers jours sont longs, mais cela fait entonnoir vers le Marin et je croise aussi Thibaut sur son proto.

Dans la nuit du 19 au 20 novembre, je me tiens éveillée, le vent a faibli la veille mais reprend, et soudain une lumière apparaît, je ne rêve pas c’est bien la Martinique…. Les îles du Cabritz, peut être… puis le petit matin, le vent mollit…. Et la terre commence à se dessiner, des collines vertes et tropicales…. J’imagine alors ce que pouvait ressentir Christophe Colomb et son équipage…. Je n’y crois pas… je l’ai fait, j’ai traversé l’Atlantique !!!

Il est 7 h du matin, enfin je ne sais plus trop je vis à l’heure TU, juste avant de passer la ligne, j’aperçois ma famille à bord d’un bateau à moteur, et je vois Eliot, je fonds sur place en voyant son sourire, tout le monde à l’air d’aller bien !!!! Juste heureuse !

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Autant d’émotions, de craintes, solidarité, amitié,  de joie, de manque, de bien-être, de solitude, de douleurs physique ou morale, de peur, de fierté, de beauté, de plénitude…. En seulement 18j 22h et 44min…. Waouh, mais où peut-on vivre toutes ces émotions réunies ??

 

 

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Une arrivée émue: 18j 22h44min pour parcourir 3000 Milles

Apres une 19eme nuit en mer sous les etoiles a la fois lessivee et consciente des derniers moments a vivre, a essayer de grapiller quelques places, Terre en vue a 5h utc … La Martinique…. de l autre côté…je pleure, Je ne réalise pas tout à fait avoir TRAVERSÉ l’ATLANTIQUE!!!

Pas de mot pour décrire ce moment magique, accueillie par ma famille!!! Et jetée a l eau par les ministes pour rentrer dans ce cercle fermé de transateux!
Merci pour vos mots, vos attentions sur place ou ailleurs!

J ai encore la tête dans les étoiles et les vagues !
Je l ai fait, on ne m attendait pas la, des moments magiques mais aussi difficiles et j y suis…
spéciale dédicace à mini doudou quel sacre partenaire !!
@christophebreschi pour les photos de l arrivee

Communiqué de presse de mon arrivée

Video de l’arrivée:  Images et vidéos